Découverte du jeune duo d’artistes et photographes,
Johanna Benaïnous & Elsa Parra ; elles s’emparent d’individualités perdues et se métamorphosent au grès d’une imagerie inquiétante et fantomatique.

 

L’histoire de la photographie se joue et se déjoue souvent entre réalité et mensonge, document et artifice, dans une ambivalence permanente qui questionne et construit la relation que le photographe entretient avec son appareil. Si Cindy Sherman incarne les nombreux sujets de ses séries photographiques, elle se défend systématiquement de faire de la photographie un outil autobiographique : « Je me sens anonyme dans mon travail », dit-elle, « quand je regarde les images, je ne me vois jamais moi. (…) Parfois, je disparais. » Cette disparition du « je » en faveur d’une série de portraits archétypaux et universels se retrouve dans l’œuvre de Johanna Benaïnous et Elsa Parra : dans leur première série photographique A couple of them (2014-2015), qui comprend plus de soixante-douze portraits et une vidéo, le spectateur croit se trouver face à une galerie de portraits bien avant de comprendre qu’il s’agit des mêmes modèles, les deux photographes, déclinés en une véritable typologie générationnelle.

Au premier abord, leur travail semble révéler un kaléidoscope d’individualités, portraits capturés au long des villes et des contextes. Les personnages photographiés mous regardent et, fixant l’objectifs droit dans les yeux, assument leur statut de sujets / aux jeunes filles dans le métro se succèdent les garçons en tenue de chasseurs parcourant les bois et les lycéennes en vacances. Pourtant, au fil des images, ce répertoire d’histoires et d’identités se trouble. Deux mêmes visages reviennent encore te encore : il s’agit de ceux des deux artistes, qui se transforment en des myriades de personnages. Si les portraits se suivent et ne se ressemblent pas, alternant personnages féminins, masculine, rieurs, boudeurs, blonds ou bruns, il s’agit toujours bien des mêmes figures qui viennent hanter le regardeur.

Texte Marine Benoit-Blain.

Exposition
– du 1er septembre au 9 octobre, Exposition “Dress Codes” à Mains d’Œuvre, Saint-Ouen.
– du 17 octobre au 20 novembre, Exposition des Félicités, Palais des Beaux-Arts, Paris 6.
– du 4 au 20 novembre, Exposition “Une inconnue d’avance” à la Villa Emerige, Paris 16.