boycott magazine issue 01

Après des interventions remarquées au MoMA de New York à l’automne dernier, Boris Charmatz revient pour une une série de rencontres à Rennes dans le cadre de “La Permanence”, un projet d’un an sous la forme de quatre grands cycles, initié et porté avec le Centre national des arts plastiques .

Boris Charmatz est un danseur et chorégraphe français de 40 ans, formé à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris. S’étant dirigé très tôt vers la création contemporaine, il devient directeur, en 2009, du Centre chorégraphique national de Rennes, qu’il renomme ‘Musée de la Danse’. Un geste manifeste qui traduit sa volonté d’interroger tout à la fois l’art et l’archive, la création et la transmission… et ce qui les dépasse, selon une démarche non pas progressive – du simple au complexe -, mais d’emblée plurielle, à la manière de cet échange entre le poète Bashô et son disciple :

À Kikakû, venu à écrire le haïku suivant :
Une libellule
Otez-lui les ailes :
Un piment rouge

Bashô répond aussitôt par cet autre haïku :
Un piment rouge
Mettez-lui des ailles :
Une libellule.

Vaste chantier auquel Boris Chamartz nous convie, sans certitude, sans socle stable, mais non sans affirmation. Car le processus engagé s’assimile dès lors à un appel vertigineux de la profondeur. Où les codes du musée comme ceux de la danse sont convoqués ensemble et sans cesse réinterrogés, afin d’être entrouverts, déployés, voire dépliés, en se rappelant que “Le dépli seul est important. Le reste est épiphénomène.” (Michaux)

Parcours incertain s’il en est – élan et chute. Chemin faisant, il nous propose de le suivre de l’abri (le musée, la danse) vers l’intranquillité, pointant non pas la frontière mais le seuil, au- delà duquel l’ouverture à l’autre, aux autres, est rendue de nouveau possible. Accepter de franchir ce seuil, c’est en effet s’exposer.

Prendre la mesure de ce défi est une attitude politique qui doit permettre au visiteur/ spectateur d’accueillir ce qui se donne : l’inconnu. “Il n’est encore que de savoir s’aventurer dans le dédale.” (Breton, L’Amour fou) Pour y parvenir, Boris Charmatz sait à quel point le corps engage et permet de tout renverser, dans tous les sens.

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