All clothes by Haider Ackermann Fall Winter 2017.
Interview Filep Motwary.
Photography Clara Giaminardi.
Styling Simon Pylyser.
Make up artist Kamila Forini / Eighteen Management.
Hair stylist Ami Fujita.
Set designer Penny Mills.
Models
Alice Ward / Next Management.
Jacob Collins / Storm Management.
Kit / Premier Model Management.
Set designer’s assistant Barbara Peynot, Domiñque Theodoruo & Mary Clohisey.
Thanks to Michèle Montagne & Ibtissame Bellehouane.

 

En plus d’une vie discrète en dehors du monde de la mode, Haider Ackermman n’est également pas un grand fan d’interviews. Pourtant aujourd’hui il est plutôt loquace, de bonne humeur à son retour d’Inde. De ce que j’ai pu voir sur son compte Instagram, il y était en compagnie de Tilda Swinton et de l’acteur et créateur Indo-américain super tendance Waris Ahluwalia*.

Haider Ackermann crée sa ligne pour femme en 2003 avant de lancer sa collection complète pour homme exactement dix ans plus tard. Empreintes de poésie, d’érotisme, de mouvements, de couleurs et de formes, de mystère, de sensualité et d’une part sombre, les deux collections s’expriment au travers de silhouettes protéiformes et de drapés déguisés d’étoffes incroyables. Sa voix douce et chaleureuse se livre avec beaucoup d’esprit.

Hey Haider ! Comment vas-tu ? Comment s’est passé ton voyage en Inde ? Après avoir fait trois défilés en janvier, je l’avais bien mérité. Nous avons tous besoin de prendre le temps de nous échapper tu sais, et c’était là l’occasion rêvée.

Au départ je pensais que nous ne parlerions uniquement que de ta ligne pour homme lors de cette interview. J’ai été agréablement surpris lorsque mon éditeur m’a appris que nous évoquerions également ta collection Automne/Hiver pour femme. Pour moi cette collection était un grand exemple de sévérité et de sensualité, avec des forts échos de masculinité. Seulement cette fois-ci Haider, il y avait également ce côté très propre, un côté sombre très linéaire et discret traduisant ton incroyable approche de la construction. Quelle en était l’origine ? Je pense que le monde dans lequel nous vivons est assez fou en ce moment et qu’il demande notre pleine attention. Tout le monde ne fait que crier dans tous les sens et il y a cette forme de folie présente à tellement de niveaux que je voulais exprimer quelque chose de très doux, calme et paisible. Comme je l’ai déjà dit auparavant, j’ai été très touché par ce qui s’est passé récemment, que ce soit aux États-Unis ou à Paris… Comme par exemple l’histoire de ce jeune Théo, qui a été violé par deux policiers. Comment se remettre de cela ? Ou quand j’ai vu le film Moonlight ou entendu des noirs américains s’exprimer à propos de la situation actuelle, dont nous avons tous pleinement conscience. Tout cela m’a mis un coup sur la tête, encore plus que d’habitude, et je souhaitais présenter quelque chose de plus mesuré en réaction, au travers de mon travail.

Je ne t’aurais jamais imaginé aussi engagé. Ce n’est pas une question d’être engagé. Cela s’apparente plutôt à une émotion et le fait d’être touché par ce qui m’entoure. En tant que créateur, je n’ai pas de légitimé politique et ce n’est définitivement pas l’idée que je voudrais donner. Cependant je m’autorise à exprimer ce que je ressens en réaction à un contexte et dire à quel point je me sens concerné. Lorsque je vois cette injustice, les émotions me parcourent facilement. Je n’imaginais pas que je puisse jouer Wild is the wind de Nina Simone dans un de mes défilés, mais c’était une période où j’ai pensé à tous ces gens qui se sont battus toute leur vie pour la défense des droits de l’homme. Nina Simone était une des leaders de ce mouvement, en étant elle-même assez violente à ce propos… Puis j’ai pensé à jouer la version de cette chanson par David Bowie mais comme il représente à mes yeux un autre type de héros je n’ai pas osé le faire. Ce titre était aussi un message directement adressé à une des personnes venue voir le défilé pour qu’elle l’entende à plein volume, surtout : ‘love me, love me and fly away with me..’ C’était un mélange de tout ça !

Je sais que tu souhaites protéger ta vie privée et c’est donc très passionnant de te voir te livrer comme cela. Parfois nous avons besoin de nous livrer en réaction à quelque chose. Il ne s’agit pas d’élever la voix, il s’agit plutôt d’être présent et montrer que l’on a conscience de ce qu’il se passe.

Tu montres beaucoup de discipline et restes fidèle à la femme pour laquelle tu crées. Elle ne change pas à chaque saison, elle évolue en marchant en cercle autour de sa personnalité et de ses besoins, en ajoutant ou retirant des choses, voir même en redéfinissant ses atouts. À quel point cela est-il difficile de rester fidèle à ta vision, tout en restant dans l’air du temps chaque saison ? Ce que je dessine ou fais, ne peut venir que de mes observations, de mes expériences ou de ce qu’il y a en moi. La difficulté peut-être, est d’être obligé d’imaginer ce que seront mes prochains pas. [rires] De ce moment d’anxiété découle une force motrice nécessaire, le moment où vous laissez entrer le doute ! Et nous avons tous besoin de nous remettre en question avant d’agir! Créer une collection qui est à peine noire, crème ou blanche, vient avec une certaine crainte, celle de voir comment les gens vont la percevoir. Mais à un moment il faut vous lancer – si c’est ce que vous voulez vraiment – sinon vous n’aurez jamais la réponse. Il faut juste le faire sans se poser trop de questions… Le luxe que j’ai – qui n’en est réellement pas un – est la charge de travail que j’ai à ce moment-là et qui m’empêche de trop réfléchir. [rires]

Haider, si nous remettons la chronologie de tes collections, les unes après les autres, ce que nous voyons c’est que la femme ne change pas, et je te l’avais déjà dit. Oui tu as raison. C’est une confirmation que j’appartiens à cette famille de couturiers qui cherchent constamment leur propre signature et continuent de tracer le même chemin. Peut-être n’ai-je pas le talent pour me réinventer à chaque saison ? Je deviens de plus en plus intense au fur et à mesure que le temps passe. Je suis vraiment surpris que tu n’aies pas encore présenté une collection de Haute Couture, au vu de ta méthodologie et du côté artisanal de ta coupe. Y as-tu déjà songé ? J’ai été élevé en Afrique du Nord, les femmes en chador s’échappent et disparaissent dans les rues étroites de la Medina. Quand vous avez l’occasion de les découvrir, vous êtes saisis par une richesse de couleurs et de paillettes. Le son des bracelets et des bijoux, les mètres d’étoffes brodées les plus ravissantes, tout cela est assez proche de ce que l’on appelle Haute Couture. Quand j’ai vu Christian Lacroix Haute Couture, j’étais constamment épris par son travail car il me rappelait énormément mon enfance. C’était un chaos “très bien ordonné” ! Tous ces éléments artisanaux me font rêver. Je dirais que ce serait un rêve pour moi de faire de la Haute Couture oui.

Quel regard portes-tu sur la Haute Couture en général ? C’est une autre approche qui requiert d’avoir certains éléments, comme un atelier, une autre équipe et ainsi de suite. Je viens de “l’école belge” de la mode. Faire de la Haute Couture en tant qu’entreprise belge nous paraît assez éloigné de nos préoccupations.Nous sommes vraiment plus ancrés dans la réalité et le côté économique des choses. Non pas que la Haute Couture ne soit pas rentable, car elle l’est. Mais je pense qu’il y a un temps pour tout et que le jour où je ferai de la Haute Couture, j’aurai besoin d’être vraiment bien préparé. C’est comme gravir le Kilimanjaro, pour aller le plus haut possible, vous avez besoin de vous préparer pour chaque étape. Je suis un créateur qui fait les choses une par une.
De manière plus générale, la Haute Couture emprunte-t-elle la liberté créatrice du prêt-à-porter actuel ? Sans aucun doute. Qu’est ce qu’est la Haute Couture au final ? Un rêve que vous pouvez capturer. Elle a été créée pour embellir la femme et la rendre plus gracieuse qu’elle ne pourrait déjà l’être, afin de provoquer des gestes encore plus élégants. La ‘Couture’ agit comme un moment volé, en réaffirmant les situations. Telle est sa beauté.
“J’ai porté ceci à cette fête ou ce diner avec tels ou tels invités.” Le Prêt-à-porter offre une plus grande intimité au travers des vêtements, vous les portez et avez des souvenirs qui y sont attachés. Je porte encore certains habits que j’ai achetés il y a dix ans. Ils me confèrent ce sentiment d’appartenance. Mais de nos jours, et c’est de plus en plus le cas, la Haute Couture et le Prêt-à-porter s’empruntent des idées.

Comment ton sens de l’observation et de l’exécution a-t-il évolué au fil des années ? Votre sens de l’observation n’évolue pas pendant que vous continuez de “mûrir”. Pour moi, c’est un voyage perpétuel, un livre que j’écris et dont chaque collection est un nouveau chapitre. Évidemment j’adorerais pouvoir emmener le lecteur de plus en plus loin et peut-être que le prochain chapitre sera encore plus lourd et chargé que les précédents, et ce dans le seul but d’intriguer le lecteur.
C’est la façon dont je vois les collections. Elles sont de plus en plus exigeantes au fur et à mesure que vous avancez. L’aspect commercial fait aussi partie de ce voyage créatif… Il vous apporte et demande de la maturité bien sûr mais il vous offre également tout un pan de savoir. Nous sommes encore là, après 12 années d’activité, ce n’est pas rien…

Nous traversons une époque très mouvementée à bien des niveaux. Dans la mode les choses sont plus simplifiées, après le stade du déclin vient une période de transition. Où se trouve Haider en ce moment ? Comment appréhendes-tu les faits ? Il y a tellement de choses qui se passent. Par exemple, nous avons les élections ici en France et je regardais les débats il y a quelques jours. On y est vraiment confronté, mais c’est également très intéressant par les questions que cela pose. Bien sûr, les gens sont toujours concentrés sur les choses les plus bêtes et cela devient assez horrifiant. Je veux dire que la politique et les hommes politiques où que ce soit dans le monde, passent à côté des réels problèmes humains. C’est un moment où nous avons besoin de marquer une pause et de nous poser la question de ce qui se passe dans la société et ce qui a pu faire que les gens ont voté pour Trump par exemple. Ce qui va mal, vraiment mal, c’est le fait que Marine Le Pen arrive à changer la société en France. Qu’est ce qui nous prend ? œuvrons ensemble afin de résoudre ces problèmes, remettons en cause la raison qui a fait que de tels gens ont ce pouvoir, pourquoi le leur avons-nous conféré ? C’est effectivement une période de transition très intéressante et nous ne pouvons qu’aller de l’avant. C’est très difficile pour moi de débattre de ces sujets car bien que j’aie mes convictions et opinions, je manque de connaissances et les véritables base en termes de fondements politiques. Je ne peux parler qu’avec le cœur.
Il faut absolument prendre la beauté comme repère quand les temps sont durs, lire un livre fantastique, aller voir de l’art époustouflant, se laisser subjuguer par un ballet et se laisser transporter. Nous avons tous besoin de nous échapper. C’est dur et impitoyable dehors. C’est tout ce que je peux vraiment dire.

Comment pouvons-nous nous débarrasser de la superficialité dans la mode ? Je ne pense pas que nous puissions limiter la superficialité et nous ne devrions pas essayer de le faire à vrai dire. Si nous essayons de le faire alors cela signifie que nous essayons de contrôler et d’avoir une attitude dictatoriale, et il y a déjà assez de contrôles dans tout ce qui nous entoure. Je ne peux pas parler pour les autres mais de mon point de vue, je fais ce que je pense être la meilleure chose à faire et me donne à 200%. J’aimerais être un des créateurs reconnu pour sa beauté et sa grâce au-delà de toute autre chose. Peut-être le meilleur compliment que nous pouvons recevoir en tant que créateurs de la part de femmes, est qu’elles se sentent à l’aise et aimées dans leurs vêtements.
C’est pourquoi tout le cirque qu’il y a autour, que ce soit les réseaux sociaux et le reste ne sont pas vraiment ma priorité. Faisons juste de jolis vêtements, voila l’objectif. Tout ce qui se passe autour je ne m’en soucie pas. Je suis trop occupé pour y prêter attention.

J’étais présent à ta première tentative de collection pour homme à Florence, je crois que c’était en 2010, ainsi qu’à la première présentation officielle de ta collection pour homme à Paris en 2013 (Printemps – Été 2014). Dans toutes tes collections pour homme il y a quelque chose d’extrêmement rebelle mais aussi de très exotique, sombre et très érotique. Comment ces éléments reflètent-ils la masculinité selon toi ? Pendant de nombreuses années j’ai eu un côté très, très sombre. Et crois-moi le côté sombre est encore bien en moi. J’étais une personne assez tourmentée, cherchant la beauté qu’il pouvait y avoir dans une sorte de laideur ; j’étais très intrigué et attiré à la fois par cette forme de perversion. Maintenant je suis plus calme. Le côté érotique, je pense, est en nous tous, mais je n’avais pas conscience que je l’exprimais dans mon travail. Tu es le premier à m’en parler, mais j’adore l’idée.

Mais c’est évident. L’érotisme était présent même dans tes cols roulés, dans la façon dont ils étaient coupés. La combinaison avec les pantalons taille haute…Très sexy bien qu’on n’y dévoile pas un centimètre de peau ! Oh mon Filep [rires]. Dis-toi que je n’essaye pas de faire une collection érotique ou sexuelle du tout. Le type qui porte les habits d’Haider ne fait que rêver les yeux ouverts. Du genre à s’en foutre complètement. Il a cette liberté de pouvoir être tout ce qu’il voudrait être au moment voulu.

En effet mais il est également très conscient de ce qu’il y a dans sa garde robe. Il l’est mais l’ignore en même temps car souvent quand je m’occupe du stylisme, par exemple, certains heureux accidents permettent d’arriver à un certain look. Quand certaines choses ne vont pas ensemble mais que du coup la combinaison peut donner quelque chose de très stimulant. Si tu vois ce que je veux dire. Il peut s’en rendre compte sans le savoir. Les hommes que j’ai toujours admirés n’ont jamais été soucieux de leurs vêtements, ils ont toujours mélangé les choses ensemble. Parfois cela marchait, parfois pas, mais cela peut donner quelque chose d’éclectique, excentrique et de super intéressant. J’aime cet homme. Ce n’est pas moi, peut-être est-il l’homme que je voudrais être et j’aimerais confier que je suis toujours fasciné par les types qui sortent des formats. Tout est toujours si formaté de nos jours que c’est plaisant de voir ce genre de rêveurs qui passent leur temps à croquer la vie. Cette sorte de liberté exprime la sexualité à mes yeux.

Quel est l’homme que tu habilles si je te demandais de le définir avec tes mots. Comment se différencie t-il de la femme que tu habilles ? Pourrais-tu me décrire chacun d’eux ? Ce sont deux mondes complètement différents. Comme je l’ai déjà dit peut-être que l’homme Haider Ackermann reflète ce que je voudrais être. Je me rappelle de mon premier défilé pour homme à Florence, le casting n’était fait que de mecs tatoués de la tête au pied et je trouvais cela extrêmement romantique et magnifique car ils avaient tous ces mots écrits sur leur peau. C’était comme lire leur journal intime car il y avait une histoire derrière chaque tatouage, la date à laquelle il avait été fait, la raison. Quand ils retiraient leurs vêtements pour se préparer pour le défilé, la vision de leur corps était quelque chose d’assez extraordinaire. J’adorerais être comme eux, ces poètes – car ce sont des poètes en fin de compte – qui passent par la douleur pour parvenir à afficher cette beauté sur leur peau.
J’aime que les hommes que je mets en avant ne se fixent pas de limites ou de barrières, pas de frontières. Ils portent du cuir mais ils portent également de la soie, et enfilent un gros sweat-shirt par dessus. Je ne veux pas qu’ils ne soient qu’une seule personne et idéalement je voudrais que tous les hommes puissent trouver une pièce dans ma collection qui les représente d’une manière ou d’une autre. La femme Haider… hum, je garde un autre type de rapport avec la femme. Je fantasme sur elle, mais avec beaucoup de retenue à la fois. Je recherche en elle une sorte de dignité, de grâce et pour avoir ces qualités il faut être un peu plus dans le contrôle, comme le sont les femmes.

T’efforces-tu d’atteindre une certaine complexité lorsque tu crées ? Oui ! Je suis ami avec des créateurs qui ne font que dessiner à mains levées, en toute facilité, très spontanément. Et j’admire cela. Mais je ne suis pas l’un deux, pour moi tout est beaucoup plus complexe car je dois me mettre dans une certaine ambiance, un certain contexte. Parfois entouré de peurs et de doutes. Peut-être que ce processus qui m’amène à créer la ligne pour homme se fait un peu plus en douceur comparé à celui pour la collection femme.

Comment la critique te sert-elle, pour tes prochaines étapes ? Les lis-tu ? Oui, j’en lis je pense la plupart, elles m’intéressent vraiment. Parfois vous les lisez et les mettez de côté alors que d’autres vous font réfléchir, vous font douter et devenir meilleurs. Certaines vous restent en tête pendant des années et vous les chérissez pour différentes raisons.
Les critiques, y compris les mauvaises, se doivent d’être bien écrites. De donner les raisons pour lesquelles quelque chose a plu ou l’inverse, avec une explication complète, avant que ne tombe le verdict. Un verdict sans histoire ne sert à rien. D’un autre côté, je trouve qu’il y a trop de critiques en ce moment, tout le monde est sur le grill et ce tout le temps. À titre personnel je pense que ce n’est pas souhaitable car cela retire tout le mystère et la romance qu’il y avait. Nous n’avons pas besoin de tout justifier, de tout montrer…Cela nuit à l’imagination et au désir. Les réseaux sociaux ne font qu’empirer les choses.

L’évolution des réseaux sociaux et des images en direct a-t-elle changé ta façon de mettre en scène tes défilés ? Je sais que tu prêtes encore plus attention à ce qui se passe en coulisses qu’avant. Je dois dire que je suis assez protégé de tout ça. Je n’ai pas Facebook ou Twitter. Je n’ai qu’Instagram. Me suis-tu d’ailleurs ? [rires]

Bien sûr, religieusement… [rires] Oui, comme je disais la seule raison pour laquelle j’ai ouvert un compte était pour protéger les droits de mon nom, au cas où quelqu’un essayerait de l’utiliser. Et peut-être aussi pour le côté voyeur qui est en moi, afin d’observer ce que d’autres gens font de temps en temps.
Tant que je n’y suis pas accro et que je parviens à prendre un peu de recul. Pour être honnête je ne passe pas énormément de temps dessus [rires]. Je pense avoir posté seulement deux images de mon voyage en Inde alors que j’ai pris plus de 200 photos.

Oui, j’ai vu les images avec l’éléphant et une autre de toi avec Tilda [Swinton], regardant le soleil.
Une autre chose que j’adore à propos de ton défilé Automne-Hiver de la collection femme était la toile de fond bleue placée en coulisses pour que les photographes puissent prendre des clichés des filles. Personne n’avait vraiment fait cela avant. C’était assez compliqué de faire cette interview en Inde comme nous l’avions prévue au départ. J’étais entouré de tigres [rires] en pleine jungle avec elle et c’était une véritable expérience…Mais pour répondre à ta question, dans toutes ces photos en coulisses, saisons après saisons, les filles et les habits peuvent disparaître ou presque, avec tout le remue-ménage qui y prend place, les sièges, les porte-manteaux, les cables… C’était important à mes yeux d’avoir la même ambiance en coulisses que dans la salle du défilé. C’est pourquoi nous nous sommes efforcés de créer cet espace spécialement conçu pour le travail des photographes en coulisses.

Le rôle d’un créateur aujourd’hui est-il différent de celui d’il y a 10 ou 15 ans ? Oui. Bien que quand on dit “c’était différent”, cela implique toujours quelque chose de négatif. C’était différent en effet et c’était plus joyeux mais je suis très enthousiaste à propos du futur et ce qu’il nous réserve pour nous créateurs. Il y a de la nostalgie et en même temps je veux voir ce que l’avenir nous réserve, comment la mode va pouvoir évoluer et se muer.

Une question que je pose toujours aux créateurs. Pourquoi tentons-nous toujours de réinventer et redéfinir la silhouette ? Réinventer dis-tu ? Je ne pense pas que nous ne réinventions quoi que ce soit. Tout a déjà été fait. Nous tentons seulement de trouver des nouveaux codes et nous essayons même de nous approprier nos propres codes. De nos jours, il y a tellement de copies de tout, que l’approche est un peu différente de ce qu’elle était. Nous essayons certes de dessiner de nouvelles silhouettes mais il n’y a pas de place pour réinventer. Il n’y a qu’une poignée de créateurs qui réalise d’un point de vue technique, de l’image, ou des proportions, quelque chose de réellement nouveau, qui pourrait effectivement être décrit comme une réinvention.

Si tu devais choisir un élément qui n’a pas bougé pendant toute ta carrière… ? L’écharpe ! Elle est là pour te protéger, te toucher, te séduire….

*Waris Ahluwalia de House of Warris.