boycott magazine issue 01

Photographie Michael Mayren
Mode Klaus Stockhausen
Direction créative Nataniel N.M.Robert
Assistant mode Marc Göhring
Grooming Anthony Preel
Interview Cyrille Xavier

 

Comment vas-tu ? Écoute, je vais bien, ou plutôt mieux car je sors d’une crève. Je vomissais même dans les coulisses. J’avais la tête dans le seau et deux secondes après je devais avoir l’air amoureux en entrant en scène. (NDLR: Niels jouait Roméo au théâtre de la porte Saint-Martin).

C’est ta première cover ? Oui et je suis super content. J’ai d’habitude de la difficulté à me laisser photographier, je ne suis pas très à l’aise avec tout le monde et j’ai un rapport à la caméra assez compliqué lorsque je suis tout seul, sans partenaire de jeu. Mais là, je suis super heureux de cette collaboration avec Michael Mayren dont j’adore le travail.

Que penses-tu du cinéma français en ce moment ? J’ai pas envie d’être négatif sur le cinéma d’aujourd’hui, car le cinéma est très menacé en France et partout ailleurs. Regarde les films en dessous de 2,5 millions d’euros qui ne pourront plus se faire, avec la convention collective de la production cinématographique.La diversité du cinéma, lorsqu’il y a une ambition artistique et autre que purement commerciale, est donc grandement menacée. Après, quand
tu regardes le nombre d’auteurs qui sortent en ce moment, c’est énorme. Il ne manque pas de cinéastes en France. Et puis, il y a une nouvelle génération que j’admire, qui va laisser sa trace, comme Rebecca Slotowski, Vincent Macaigne, des gens qui ont le désir de se battre. À chaque fois qu’on essaie d’étouffer un artiste en lui coupant les vivres, il doit se nourrir de ça. Cela doit lui donner la niaque pour se battre deux fois plus. Il manque aujourd’hui des films qui peuvent avoir à la fois un budget confortable et une ambition artistique. Mais les gens en France auront de toute façon toujours besoin d’art.

Penses-tu que la mode est un art ? C’est comme tout, ça peut l’être bien sûr. C’est aussi une manière d’exprimer son identité, la mode te définit. Ça reflète une société, ta personnalité, ça te permet de t’affirmer, de t’exprimer donc c’est un art, comme l’architecture ou la peinture.

Tu sembles habité, exalté par la vie, qu’est-ce qui t’anime autant ? C’est les gens avant tout. J’aime beaucoup les gens, j’aime donner, échanger ; ce sont ces collisions avec les gens qui me font avancer.

Une rencontre marquante dans ta vie ? Les plus belles rencontres, c’est lorsqu’on
a l’impression d’avoir déjà rencontré cette personne avant. C’est quelqu’un que t’attendais finalement depuis longtemps, que tu portais en toi. Il y a une familiarité instantanée, que cela soit en amitié, de manière professionnelle, ou sentimentalement. J’ai d’ailleurs eu une rencontre amoureuse dernièrement. Oui, je suis amoureux.

Quel genre d’amoureux es-tu ? Je suis un amoureux à l’ancienne. J’ai été beaucoup déçu par la manière moderne à la Bridget Jones que je déplore. Je suis romantique dans ce que ça comporte de vérité, de foi en l’amour. L’amour peut sauver un homme. L’amour, c’est comme un flingue que l’on te retire de la bouche presque. Mon amoureuse m’a comme retiré le flingue de la bouche. L’amour doit sauver !

Comment appréhendes-tu notre époque ? On est la première génération avec un tel écart dans le mode de vie, d’avec la génération précédente. C’est inquiétant. On est une génération de paumés, car on ne sait plus où on en est. Toutes les valeurs se valent, on est une génération qui a besoin de revenir au naturel, d’un retour aux sources, et aussi de spiritualité.

De quoi as-tu peur ? De devenir cynique, de perdre la foi, d’être désabusé, de baisser les bras, de ne plus être acteur de la vie. Devenir adulte, c’est participer et être actif au combat, mais
se battre dans la joie.

Quel serait le rôle de ta vie ? Le prochain bien sûr ! il faudrait beaucoup de make-up mais j’adorerais faire le biopic de John Coltrane, parce que j’aimerais bien choper son truc dans le regard. C’est tellement impossible de faire du mimétisme avec lui, il est si secret pour moi, que j’aimerais bien percer son mystère pour mieux l’incarner.
Décris-nous un instant de grâce, de bonheur dans ta vie ? Sincèrement, ce sont des moments tout simples, quand tu bouffes avec tes potes, quand tu as fini de faire l’amour ou quand tu fais l’amour plutôt. Ce sont des moments qui se reproduisent régulièrement. Ce ne sont pas des moments de gloire, “La gloire est le deuil éclatant du bonheur” (dixit Madame de Staël) et c’est tellement vrai ! La gloire t’isole, te déshumanise au contraire.

Tu es doté d’une beauté masculine antique et moderne à la fois, comment gères-tu ton image ? Il faut jouer de son image. Ce qui est marrant pour les acteurs, c’est qu’ils ont conscience d’avoir un physique comme un masque pour tromper les gens. Il ne faut surtout pas la congeler, il faut savoir la manipuler dans cette société où l’image est reine. J’adore comment Michael Jackson à joué avec, ou encore James Franco qui brouille beaucoup les pistes et c’est hyper intéressant.

Raconte-nous ton dernier rêve ? En ce moment, dans tous mes rêves je me bats. Je suis dans le combat, j’ignore pourquoi, et dans l’un d’eux il y avait même Béatrice (Dalle), on s’aime beaucoup, c’est une telle icône.

C’est quoi le ‘Beau’ pour toi ? Je pense qu’aujourd’hui les critères de beauté ont changé, les rides et les défauts sont une nouvelle beauté. La beauté, c’est la grâce de l’imperfection.

Qui aimerais-tu rencontrer et tu lui dirais quoi ? Jésus, pour savoir si c’est une blague ou pas, et je lui demanderais : “T’es sérieux ?!”.

Être acteur, c’est d’une certaine manière vendre son corps ? Oui, C’est de la prostitution émotionnelle ! Mais tout le monde y gagne finalement. Ça me permet de vivre, pas seulement financièrement, mais aussi
de me dévoiler, sous certains aspects dont je serais incapable dans la vie, par peur d’être jugé, par pudeur. C’est très encadré la vie, alors que quand tu joues, tu peux aller dans les extrêmes. C’est pas naturel de chercher une véracité de sentiments, mais finalement ça me sert, pour mon moi, ça me construit, ça me nourrit. Koltès disait que tout n’est qu’échange.

Qu’est-ce qu’être un homme aujourd’hui ? L’homme est en totale mutation, il est beaucoup plus libre qu’avant aussi et bien plus indéfini, tout comme la femme d’ailleurs. La vision de l’homme d’Alain Delon par exemple est plus qu’obsolète. Je ne sais plus ce que veut dire la masculinité ou la féminité. Je suis incapable de répondre à cette question, les genres se confondent tellement aujourd’hui.

Tu as été Harold, Sacha, Eric, Nicolas, Roland, Théo, Louis, Matthias, Télémaque, Thibault, Maurice Sachs, Hervé et en ce moment Roméo… lequel de ces personnages te ressembles le plus ? Forcément, j’ai une partie de moi dans tous ces personnages, je suis fait de tous ces personnages, mais c’est Roméo dont je suis le plus proche. Le Roméo d’aujourd’hui, sans être l’amoureux, j’ai l’impression que c’est comme un frère jumeau.

Quels rôles furent les plus et les moins évidents ? Le plus facile, ça a été dans “Les rencontres d’après minuit” de Yann Gonzalez et le rôle de Théo dans “l’Âge atomique” d’Héléna Klotz. J’avais l’impression que je connaissais déjà par cœur ces personnages, tout comme Roméo, même si je l’ai beaucoup travaillé. Les rôles plus compliqués sont finalement les plus petits. Dans “Les Amours imaginaires”, c’était beaucoup plus dur, car le personnage est très passif, il n’est qu’un réceptacle de plaisir. J’ai besoin de pas mal de temps, de me préparer. Chaque rôle a sa méthode, mais à la base, je relis énormément le texte. J’essaie de comprendre, de réincarner quelqu’un qui existait déjà, de le faire ressusciter, de trouver sa vérité. C’est du tâtonnement, comme un aveugle qui marche dans le noir et qui trouve une prise, puis une autre, petit à petit tu commences à comprendre le monde qui t’entoure à tâtons. C’est en essayant et en se faisant pousser des antennes pour capter le personnage, comme n’importe quel créateur, que le personnage naît en toi.

Quels sont les artistes qui t’inspirent ? Koltès, Bacon, Rodin, Giacometti. Quand tu as des modèles autant les prendre grands comme disait Renoir. Ce qui m’a poussé à faire ce métier, c’est ma quête absolu de liberté, j’ai toujours voulu rester libre, et puis aussi ma curiosité qui me fait avancer, pour goûter des nouvelles choses, de nouveaux parfums. C’est ce que me permet ce merveilleux métier. Dans le cinéma, je m’inspire des James Franco, Ryan Gosling, Michael Shannon, Guillaume Depardieu, Patrick Dewaere ou encore du formidable Denis Lavant.

Mais tu n’as pas envie de certains projets pour ton avenir ? Si, bien sûr ! J’ai envie de jouer avec des réalisateurs qui m’inspirent, et de réaliser ! Oui, j’ai envie de réaliser. Oui, j’ai envie d’écrire.

Tu ne te sens pas encore complètement mûr pour passer de l’autre côté de la caméra ? Je devais réaliser mon premier film l’an dernier, sauf que quand tu réalises tu peux reporter, donc pour le moment je repousse, et puis j’ai de très beaux projets en tant qu’acteur cette année. Je tourne cet été “Diamant Noir”, le premier film d’Arthur Harari dans l’univers du diamant, où j’ai le rôle principal, assez dark, d’un petit voyou qui vient de perdre son père. Ensuite, je retrouverai Héléna Klotz, pour son deuxième long métrage, où j’aurai le rôle d’un allumé schizophrène qui sort de prison, dans la veine d’un Roberto Zucco de Koltès (NDLR : Roberto Zucco qu’a d’ailleurs adapté au théâtre Nicolas Klotz, le père d’Héléna).

Quelle question ne voudrais-tu pas que l’on te pose ? Je te laisse deviner… mais non, il n’y en a pas ! Je réponds à tout !

Que boycottes-tu ? Les cyniques défaitistes !