boycott magazine issue 01

 

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Qu’est ce qui vous affecte le plus dans votre façon de travailler ?
 Les sentiments. La colère. Le désir. L’espoir.

Que voyez-vous dans une oeuvre d’art ? Je pense qu’une oeuvre d’art s’anime seulement dans l’esprit de son spectateur. L’art véritable touche quelque chose à l’intérieur de nous
tous mais cela ne signifie pas que l’impact sera le même avec chaque spectateur.
Il y a beaucoup d’art seulement concerné pour être à l’origine de l’histoire de l’art, ou qui se manifeste dans le domaine théorique de l’art. C’est l’art qui feint de dire beaucoup, mais ne parle jamais. Je travaille dur afin de rendre mon travail aussi immédiat que possible car je pense qu’il n’existe pas de chose aussi lente que l’art dans l’âme de quelqu’un.

Pensez-vous que la mode soit de l’art ?
Absolument pas.

Quelles sont vos influences présentes ? Être influencé participe de son développement personnel. Mais être autodidacte est le meilleur des enseignements. J’ai toujours été plus influencé par l’esprit de quelqu’un que par son travail ou son style. À cette période de ma vie, je ne pense plus être autant influencé. Mais parfois cela peut arriver, alors je suis totalement immergé dans son travail, jusqu’à l’épuisement. Par exemple, la plupart de mes créations de 2013 sont nées dans une période où je m’inspirais beaucoup de Frans Masereel. Il m’a touché tellement profondément et, bien que le résultat final ait peu à voir avec ma fascination pour son travail, quelque chose y subsiste.

Que pensez-vous de la sexualité dans la vie ? La vie vient du sexe donc il ne peut être rien d’autre que l’ultime force motrice. Mais faire du sexe et la notion de sexualité sont des choses très différentes. Le sexe est ce qui nous fait nous sentir le plus vivant, c’est dans ce sens un acte assez direct. D’autre part, la sexualité ne peut être bonne que lorsqu’elle est légèrement confuse.

Avez-vous des rituels dans votre processus de création ? Je pense que la seule façon
de faire de l’art est de travailler chaque jour et de préférence chaque nuit aussi. Cela signifie que vous devez être en alerte à chaque minute, même pendant les moments où votre esprit est éteint. Toutes les activités, que la plupart des personnes définissent comme relaxantes, à l’instar du sommeil, de faire l’amour, sont pour moi les plus intenses et les plus inspirantes.

Pourriez-vous nous décrire la nouvelle génération de garçons ? Personnellement,
je préfère le terme ‘jeunes hommes’. Les garçons sont pour moi, ceux qui vont encore à l’école primaire. Mais il est vrai que ‘garçon’ est devenu le mot utilisé dans la culture populaire et les médias d’aujourd’hui. Il semble être utilisé
pour justement souligner le fait d’être mignon, innocent et mutique ; ce qui n’est, bien sûr, que de pures illusions fabriquées. Je regarde des magazines, des films et des sites de pop-star et généralement je vois cette sorte de ‘garçon-Lolita’ se comportant en diva ; même les bandes de mauvais garçons sont fausses. Tout est terriblement conservateur en fait. Cela me fait penser aux starlettes de série B des années 50 d’Hollywood, dans leurs robes sans bretelles. L’émancipation de la beauté masculine s’est désintégrée.
Je trouve plus que normal qu’on représente enfin la beauté masculine. Surtout que la société du siècle dernier a trop longtemps fermé les yeux sur elle. Je pense donc que la célébration de la beauté masculine des dernières décennies est normale, sans être non plus un accomplissement. Mais l’industrie de l’image veut maintenant présenter des garçons comme de simples objets vivants à regarder, et les admirer pour leur beauté. On ne demande plus aux garçons de parler ou d’avoir des idées. L’industrie des images les préfère silencieux et passifs. C’est à nouveau très conservateur. Je désire des jeunes hommes écrivant des romans incendiaires, des chansons stimulantes, utilisant leur colère avec beauté et leur beauté avec colère. Mais cela ne semble plus arriver souvent de nos jours. Vous le voyez d’ailleurs avec tous ces jeunes hommes égocentrés, partout dans le monde avec leur moue de chaton boudeur, peu importe qu’ils soient hétéros ou gays. Être un jeune homme est avant tout un état d’esprit, ou plutôt, une étape de vie perplexe que l’esprit traverse ; une étape très fortifiante mais très sombre et contradictoire aussi. C’est ainsi.

Quelle pourrait être la solution dans cette crise économique mondiale selon vous ? Comme artiste, je me suis habitué à vivre avec presque rien, et ne possède presque rien. Ce
qui est donc décrit comme la crise économique globale est assez familier pour moi, dans le sentiment au moins. La pauvreté est souvent le résultat de l’avidité de quelqu’un d’autre. Alors une crise est souvent le résultat de quelqu’un ne donnant pas suite à ses erreurs.

Cela vous a-t-il donné un sentiment incroyable de liberté ? Ce n’est pas que j’ai voulu fuir loin de la maison. J’ai juste voulu
être plus près des choses qui m’attiraient à ce moment-là. Ce fut seulement pour découvrir que je poursuivais des fantômes.Tout le reste, que j’ai en fait découvert et appris, s’est révélé être de bonnes choses finalement.

Qui est pour vous le meilleur artiste? Mon artiste favori est Adriaen Brouwer, le peintre flamand du 17ème siècle. Il a surtout peint des scènes de taverne, des gens du peuple ivres, des gens simples et détendus. Il les a peints d’une façon très emphatique. Il observe directement des scènes que la plupart des personnes considèrent de mauvais goût et assez banales, mais il ne se concentrait pas sur le bizarre ou le sensationnel. Il a compris que l’esprit de l’humanité est très présent dans ces moments de crépuscule.

Quel est le moment le plus mémorable dans votre vie ? Le moment où je me suis rendu compte que j’étais né avec un talent qui me couperait de presque tout, et rendrait ma vie assez dure. Cependant, je m’accroche affectueusement à ce talent unique.

Comment imaginez-vous votre public ?
Violemment romantique, cherchant des réponses et à l’esprit plutôt pervers.

Comment décririez-vous votre âme ?
Glorieuse dans la défaite. Aimante et jalouse. Errante et accueillante.

Quel est votre idéal masculin ? Jésus dans un t-shirt de James Dean.
Si vous n’étiez pas vous, qui d’autre voudriez-vous être ? Pendant la semaine, Gilbert, pendant le week-end, George.

Vos prochains projets ? Je travaille sur des objets plus sculpturaux maintenant et également à la fabrication de pièces pour ma boutique en ligne.

Interview Cyrille Xavier.

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