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Le groupe canadien Trust, dans sa formation originelle, était d’abord un duo composé d’une fille et d’un garçon ; Maya Postepski (qui a depuis rejoint le combo dream pop Austra) et Robert Alfons – désormais seul maître à bord -.

Par Philippe Laugier.

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Leur premier album “TRST” sort alors que Robert porte déjà le projet sur ses épaules, que l’on devine plutôt frêles. A l’écoute du disque, semi-confessions lunaires et spectrales d’un solitaire plutôt énigmatique, on imagine l’intéressé seul aux commandes pendant sa gestation même, tellement ce premier opus transpire un univers profondément intime et trouble, sans concession. Sur des synthés 80ties parfois cheap ou des sons post-rave limite euro dance, Robert Alfons réinvente une new-wave nouveau siècle, compte des histoires souvent homo-érotiques au romantisme écorché. Toujours sur le fil (du rasoir ou du funambule), la voix oscille entre poésie spoken word façon Anne Clark, modulations graves et caverneuses à la Paul Banks (Interpol) ou voix de tête hallucinée, tel un animal chétif ou une possible réincarnation de la possédée Linda Blair – au torticolis notoire. Robert, c’est évident, aime se faire du mauvais sang, se tordre en deux et nous tordre le cou.

Si la voix de Trust est ainsi multiple et bipolarisée, le chant est toujours lointain et polaire, noyé et plaintif, peu articulé ; le plus souvent d’ailleurs, on discerne à peine les textes des chansons (ce qui confère au projet toujours plus d’ambiguïté et de mystère, les livrets des deux albums de Trust ne reproduisant pas les paroles). Même les fans sur les forums semblent avoir bien du mal à déchiffrer l’intégralité des mots que marmonne Robert dans sa barbe virtuelle, depuis son monde digital émo-homo / corbeau-disco, qui allie léthargie et danse dans un même élan… d’autisme.

Dead can dance.

Sur le nouvel album, sans doute en partie ironiquement baptisé “Joyland”, Robert Alfons reproduit la plupart des recettes qui ont
permis à son disque précédent d’atteindre le statut de culte, épaulé cette fois par Damian Taylor au son (Björk). Si des morceaux de “Trst” comme “Dressed for Space” ou “Glory Hole” sont aujourd’hui des tubes avérés aussi bien chez les gays que les seapunks et autres créatures célestes, le nouvel album “Joyland” s’élance d’abord en douceur, presque accueillant et léger, et ne dévoile une première cartouche qu’à l’index 4, avec le hit étrange qui donne son titre à l’album, véritable hymne en bias en forme d’’Ile aux enfants’ sous LSD. Un peu comme si The Knives avait définitivement fini d’aiguiser leurs couteaux et trouvé leur proie idéale en la personne de Robert Alfons, baryton sensible et insomniaque perdu sur un dancefloor pixellisé. La deuxième partie de l’album, à l’avenant, est beaucoup plus consistante et contient son lot de tubes aux refrains crépusculaires : “Rescue, Mister”, “Peer Pressure” ou “Icabod” sont autant d’hymnes batcaves de backrooms désertées, d’anthems dance pour danser assis, ricochets de fins de soirées un peu glauques où mieux vaut rentrer chez soi trouver le salut dans une solitude imbibée.

Le meilleur titre de l’album, “Lost Souls / Eelings”, résume bien à lui tout seul le programme
des festivités. Entre synthés de pacotille,
beats butoirs, hooks gothiques et voix perdues dans une brume de nitrite d’alkyles, Robert Alfons s’avère souvent glaçant mais c’est là toute la magie de Trust ; ses mélodies sont des pièges dont on ne sort pas indemnes, toxiques et

donc forcément addictifs. Le triptyque de ballades “Capitol” / ‘Are we Arc’ / “Barely” semblent augurer de jours meilleurs pour
le chanteur, comme si la paix intérieure
était à portée de mains, et la nôtre aussi par
le même élan, contagieux. Davantage que le parrain de la scène novo new-wave, Robert Alfons en serait plutôt la marraine ; en train de jouer à la marelle dans un remake de “Suspiria”, démon discret mais despotique, il vous invite à jouer avec lui.

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