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Le jeune Colombien anticonformiste fait débander les obélisques, se coucher les lions impériaux et se moque des allégories. Dans sa dernière exposition solo “Strengthlessness” à la galerie Perrotin, la sculpture d’un obélisque ramolli donne le ton. Référence évidente à la colonne Vendôme parisienne, symbole de force et de gloire, mais aussi d’éternelle atteinte à la Fraternité des nations. Sous ses airs de fils de bonne famille, se dissimule peut-être un révolutionnaire-artiste. Ses créations rebelles détournent et abolissent les principes de la société contemporaine, avec des œuvres qui sont le fruit d’un questionnement sur le monde, l’histoire et la société. Ainsi, à partir de ses expériences vécues, Ivan renvoie au monde une image anamorphosée, parfois même accusatrice et politiquement philosophique. Rencontre au milieu de ses œuvres.
Si tu devais nous résumer ton curriculum vitae.
Je suis né à Bogotá en 1983, dans une famille politiquement très engagée à gauche. Entre 2000 et 2004, j’ai fait mes études de graphisme à l’université nationale de Colombie. En 2005, j’ai travaillé comme assistant de réalisateur sur des pubs avec Camilo Matiz. J’ai gagné le premier prix du 9ème Salon National d’Art Universitaire, ce qui m’a permis de faire un voyage à l’étranger. J’ai alors choisi la France et fait des études aux Beaux-Arts de Paris dans les ateliers de Claude Closky et Guillaume Paris, où j’ai rencontré l’artiste Pauline Bastard avec qui j’ai développé plusieurs projets en collaboration. Depuis 2006, j’ai participé à de nombreuses expositions dans différentes villes : Paris,
New York, Berlin, Londres, Bruxelles, Prague, Vienne, Los Angeles, Miami, Bogotá,
San Juan de Puerto Rico, entre autres.
Comment décrirais-tu ton expression artistique ?
Je travaille sur plusieurs médias :
la vidéo, la performance, l’informatique, la sculpture et la peinture. En 2008, j’ai créé un petit buzz en faisant des graffitis sur deux oeuvres de Mondrian (sous verre) au Centre Pompidou. J’ai aussi fait pas mal de performances dans la rue, dans les transports en commun, dans des musées et d’autres lieux publics. En 2009, j’ai participé au salon d’art contemporain de Montrouge. Mon travail tente de poser des questions sur comment vivre ensemble et comment le pouvoir et l’histoire sont présents dans nos vies quotidiennes. Avec une certaine joie de vivre et beaucoup d’humour, je cherche à critiquer notre passivité, dans un esprit de non résignation et de rébellion. J’ai aussi fait des expositions personnelles en 2008 et 2009 à la galerie Valenzuela Klenner (Bogotá). En janvier 2011, j’ai fait ma première exposition solo en France, à la galerie Perrotin. Mon travail reflète ma vision du monde dans lequel nous vivons, un monde hélas trop souvent absurde.
Aurais-tu une stratégie révolutionnaire ?
J’ai été pas mal élevé dans l’esprit révolutionnaire. Mes parents étaient même dans une communauté clandestine. Mais je me considère plutôt comme un chercheur. À long terme, j’aimerais bien être responsable de la culture pour une ville. Comme Chico Buarque au Brésil, qui est devenu ministre de la culture. Mais l’art est politique par définition.
Que voudrais-tu boycotter ?
Les gens
qui essaient d’imposer leur vision du Monde en croyant détenir la vérité unique. Je pense qu’il est bien plus efficace d’agir comme l’a fait Antanas Mockus, philosophe colombien d’origine lituanienne, deux fois maire vert de Bogotá,
en jouant avec des symboles, comme par exemple, en payant des clowns pour se moquer des mauvais conducteurs ne respectant pas les feux rouges. Le rapport à l’autorité est alors transformé.
Quels sont tes projets ?
J’ai une expo solo tout l‘été au Centre d’art Bastille de Grenoble, et vais tourner un film “The Messenger” dans deux petits villages, un en Colombie et un en Espagne que je diffuserai en octobre prochain.