Crédits
Interview Cyrille Xavier
Photographie Ludovic Jecker

Comment te décrirais-tu ?
Je suis ‘une petite brute’ comme me surnomment certains de mes amis, mais aussi un mec sensible.
Pourrais-tu nous décrire ton parcours ? Et ton art ?
Je suis né et j’ai grandi à Paris jusqu’à mes 20 ans. Puis j’ai fait la Villa Arson, école d’Art située à Nice. Durant ces cinq années, je suis parti en échange à l’École d’Art de Chelsea à Londres, au département sculpture. Après avoir obtenu mon Master, j’ai eu une résidence à Berlin pendant un mois, et ce fut simple d’admettre que je voulais vivre là. J’ai rencontré des gens incroyables. Toutes ces expériences berlinoises ont eu une profonde influence sur ma façon de penser, et de développer ma pratique artistique. La façon dont je fais de l’art est souvent reliée à un projet. Je crée des ponts entre des espaces et des temps différents dans le but de révéler des connexions que l’on ne voit pas au premier abord. Mon exposition “Behaving like Helter-Skelter” en est un bon exemple. Fasciné par cet enchevêtrement bizarre de faits réels et par la fiction cinématographique, j’ai exploré et utilisé les énergies proposées par ce terme que j’ai trouvé particulièrement relié à la réalité de notre vie quotidienne : l’anxiété, l’excitation, la trahison, le plaisir, la peur, les mensonges et la conspiration s’enchevêtrent, déterminant un état de confusion et de désordre où l’intuition,
le fantasme et l’imagination sont les seuls moyens de trouver du sens dans le chaos.
Souvent, j’essaye d’adapter une œuvre à l’espace où elle sera présentée. C’est le cas pour l’installation “From Where It Starts Till Where It Goes”, qui a été spécialement conçue en rapport avec l’espace d’exposition : un bunker à Berlin. Cette exposition, “AIWEIWEIISINCHINA”, nous l’avons conçue avec Louis-Philippe Scoufaras, Cédric Aurelle et moi-même. Il n’y avait aucune lumière à cet étage. Il nous a donc fallu trouver un moyen pour en mettre. C’est ainsi que m’est venue l’idée d’utiliser cinq puissants projecteurs de cinéma allant du centre jusqu’à la périphérie circulaire du bunker. Lorsque quelqu’un rentrait dans l’espace d’exposition, la lumière était si forte qu’elle l’aveuglait. Ça prenait un certain temps pour que vos yeux s’adaptent. J’aime cette ambiguïté, que la lumière peut vous faire voir ou vous aveugler. La lumière fait de cette installation une œuvre sculpturale.
Qu’est-ce qui t’affecte le plus dans ta façon de travailler ?
J’utilise ma mythologie personnelle. Ce qui m’intéresse, c’est d’explorer ma propre réalité et découvrir ce que nous partageons de nos réalités. J’essaye de toucher différents aspects de notre vie, en étant principalement intéressé par la transmission et l’hérédité. Qui sommes-nous ? D’où
venons -nous? Où allons-nous ? Comment témoigner de notre réalité ? Ce sont les questions qui m’accompagnent en créant. En ce moment, j’utilise beaucoup le cuivre et le caoutchouc.
Ces matériaux sont ceux qui composent un câble électrique. Le cuivre transmet et le caoutchouc isole. J’ai choisi ces matériaux pour leur propriété.
Penses-tu que la façon dont une personne embrasse ou fait l’amour révèle beaucoup de lui.
La manière dont quelqu’un embrasse révèle beaucoup de sa personne. Une personne qui embrasse bien touche votre âme. La façon de danser en dit aussi long sur la manière dont quelqu’un fait l’amour.
Qu’est-ce qui torture le plus ton esprit ?
Mes propres fantômes. Mais j’ai décidé de ne pas les garder vivants.
Te sens-tu vulnérable ?
Cela dépend.
La chose la plus terrifiante c’est l’amour. Vous devez surfer sur des vagues émotives. Quand tu aimes quelqu’un, tu veux recevoir son amour en retour. Ce n’est pas toujours le cas. Cela peut te rendre vulnérable. Mais montrer sa fragilité peut te rendre plus fort.