Les inconnues primaires et les paysages internes infusent les tableaux en négatif black-scale et les collages-réalité habités de l’artiste poly-dimensionnel Jesse Draxler – illustrations des conceptions et espaces de la pensée, qui exorcisent les démons engendrés par le fracas et le déni afin d’y donner un sens en dépit de circonstances autrement maussades.
Crédits
Images Jesse Draxler
Texte James Musker
Article paru dans Boycott Magazine n°6 (2018).
Ne faisant qu’un, des silhouettes hybrides, sous haute-tension et anxieuses, jaillissent – imprégnées de ce sens spontanément irréel, et bien que hors de portée, ces apparitions fantomatiques vous invitent dans un monde en apesanteur, aussi ambigu que séduisant – aussi révélateur que destructeur. “J’essaie juste de laisser le travail suivre son cours” explique le faiseur multi-facettes. “C’est un espace imaginé, jamais-vu encore et c’est également un état d’esprit existentiel. Il s’agit bien de quelque chose, arrivé là de quelque façon. Quelque chose se passe. Par moments très terre-à-terre, à d’autres extrêmement fantastiques. Je ne sais pas vraiment ce que cela représente et c’est le but après tout. Dans mon travail, je recherche quelque chose qui va au-delà, quelque chose qui vient de l’élément”.
Né dans une famille de mécaniciens, Jesse Draxler a grandi dans le Wisconsin rural, dévouant son enfance à l’étude minutieuse des modèles de voitures, de camions et des pièces de moteurs. C’est plus tard, durant l’adolescence qu’il développe une relation aussi obsessionnelle avec la musique et le son, qui deviendra l’influence ultime de son art autodidacte. “La musique a toujours eu un rôle majeur dans ma vie, par extension elle occupe également un rôle majeur dans mon travail. La musique peut servir de baromètre pour encadrer le travail, ou déclencher les émotions à exprimer par le travail. La plus grande partie de mon exercice est de transposer directement ce que j’entends en ce que je vois. Avec le temps, c’est passé de la musique au son en général. J’écoute souvent le bruit ambiant de mon environnement avec attention et cela peut être une grande source d’inspiration”
Alors que le processus de Jesse Draxler est influencé par les valeurs Taoïstes, dans ce qu’il a de spontané et éternel – naturel et sans nom, son travail se nourrit avec la même intensité du traumatisme et des trous noirs créés tels des amas dans la mémoire. Ces failles dans le psyché prêtent au travail kaléidoscopique de Jesse Draxler une certaine singularité, un côté immédiat, dénué d’âge – mélangeant ensemble des pièces fragmentées, fait-maison ou du monde naturel, dans le but de procéder à une introspection par des angles de vue infinis. En déconstruisant les images glanées et les identités en rupture, Jesse Draxler assimile son travail à celui de lentille gravitationnelle – un procédé utilisé pour scanner la matière noire dans les fin fonds de l’univers afin de mesurer comment la lumière se contorsionne autour de la substance suivant la gravité qu’elle possède. La recherche de quelque chose qui ne peut être vu en fixant simplement l’enveloppe qu’elle forme autour. “Ce que je fais est en partie obtenu en ne me limitant pas à un seul média. Je ne suis pas le type d’artiste qui peut s’épuiser sur quoi que ce soit très longtemps. Je recherche toujours une porte de sortie et d’entrée – pas dans le sens où je refuse de travailler, car je suis comblé par le travail physique en lui-même, mais plutôt dans l’optique de saisir les idées et les émotions furtives avant de me lasser de moi-même. Je ne peux pas me sentir forcé de penser ou sentir les mêmes choses trop longtemps, et je pense que les cycles de media et de processus que j’emploie sont une sorte de manifestation rituelle de cela”.
Ayant déjà soutenu qu’il se laissait guider par la pièce en elle-même – créant autant qu’il ne détruit afin de combler les besoins d’une oeuvre, l’approche universelle de Jesse Draxler, où la quantité égale la qualité défie les catégorisations et, en ignorant la nature hautement subjective de la couleur, la palette monochromatique de Jesse exerce le rôle de passerelle vers l’essence de la vision abstraite du créatif où deux chemins convergent: celui créatif et le chemin de la découverte de soi, se rejoignant pour ne former qu’un. “Je suis ce que l’on nomme habituellement daltonien, mais par moment j’ai senti qu’il était nécessaire de rechercher la couleur plutôt que de l’éviter. Mes premières études de matières étaient plutôt colorées au final, mais je suis passé à autre chose après cela. Ce n’était pas comme un monumental chamboulement. C’était presque comme une réflexion après-coup, mais cela coïncidait avec cette prise de conscience, d’introspection, avant d’observer une version plus honnête de moi-même. Grâce à cela j’ai pu traduire énormément de choses, des réflexions philosophiques que j’avais théorisées pour en faire une sorte d’esthétique philosophique, un langage visuel”.
À travers cette propension prolifique, Jesse Draxler s’adresse à des mondes obscurcis par la confusion – explorant les zones grises anonymes qui existent entre l’incertitude et l’absurde, la peur et la capitulation. Au sein de cet espace, des nappes assombrissantes et des empreintes référencées puisent leur énergie des pénombres, et appellent aussi bien le néant que des questions – rendant le faux réel et le réel incroyable avec un sens subtil de la violence et de la vulnérabilité. Bien que masquée, la présence de Jesse Draxler imprègne une oeuvre qui vit et respire – explorant ce qui est caché sous des épaisseurs de subconscient réprimé, confrontant le poids de ce qui y est enfoui.
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