Crédits
Interview Brice Bossavie
Photography Axle Jozeph
Styling Benoît Paquet
Hair stylist Miwa Moroki — MFT Agency
Make-up Victoria Reuter
Photographer’s assistant Jies Cleodore
Stylist’s assistant Alexia Giteau
Studio Le Petit Oiseau Va Sortir
À 33 ans, Sofiane Pamart est un des visages les plus connus dans le monde de la musique classique. À la fois pianiste solo mais aussi compositeur auprès des plus grands rappeurs francophones de sa génération (SCH, Dinos, Laylow), il est aussi le seul pianiste solo à avoir rempli les 20 000 places de l’Accor Arena à Paris, tout en accumulant les disques d’or. Rencontre avec un phénomène à l’occasion de la sortie de son nouvel album NOCHE.
NOCHE est le deuxième album que tu sors cette année après celui avec le rappeur YG Pablo. Comment est-ce qu’il s’est fait ?
Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de composer sur la route, donc je demande à avoir un piano dans ma chambre d'hôtel à chaque fois que je suis en tournée. J’avais déjà composé mon deuxième album LETTER en Asie et j’ai eu la chance de tourner au début de cette année pour la première fois en Amérique du Sud. Je me suis alors dit que j’allais pouvoir faire de la musique qui allait contraster avec ce que j’ai vécu en Asie, avec un rapport à la vie, un climat, et un contact avec les gens très différent. Je me suis alors mis à composer pendant ma tournée, et, petit à petit, je me suis rendu compte qu’il y avait un thème qui prenait le dessus sur tout le reste : c’était celui de la nuit. Il faisait très chaud là-bas donc la plupart du temps je jouais à ce moment-là, et c’était des moments très paisibles. J’avais l’impression que le monde dormait et que j’avais enfin la possibilité de vraiment m’écouter et d’aller chercher loin dans les émotions que je voulais raconter dans cet album.
Les différents morceaux de NOCHE sont liés à des souvenirs ou des moments vécus durant ton voyage ?
Oui, à chaque fois… (il réfléchit) Je mets quelque chose de très personnel dans chacun de mes morceaux. Et ce que j’aime dans le piano, c’est que je peux me confier de manière très intime, sans non plus révéler des secrets. Parce que ça reste des notes. Et plus je suis honnête dans ce que je compose, plus celui ou celle qui m’écoute peut mettre ses propres pensées dedans. En faisant ça, j’ai l’impression de toucher quelque chose d'un peu invisible, un peu secret qui nous connecte tous. L’émotion que je ressens à ce moment-là est provoquée par quelque chose de personnel, mais elle restera la même que quelqu’un d’autre, qui ressentira la même chose mais pour une raison différente. J’aime vraiment me relier à mon public en allant chercher ces émotions communes.

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Pour la première fois, on voit ton visage sur une de tes pochettes d’album. C’est un hasard ?
J’aime bien créer à chaque fois un contraste entre mes pochettes et le contenu de mes albums, et je trouve que c’est encore plus marqué sur celle-ci. Tu ne peux pas deviner que c’est un album de piano en me voyant montrer mes grillz avec du make-up. Et je suis content de proposer ça en tant que pianiste. La pochette va contraster avec les autres albums qui seront dans le rayon classique, elle a quelque chose d’un peu singulier.
Les contrastes, les pas de côté, c’est quelque chose qui t’as toujours un peu défini, non ?
Oui, parce que je m’ennuie quand j'ai l'impression de trop ressembler à quelqu’un d’autre. J’aime bien chercher ma singularité, je trouve que c’est l’une des choses les plus passionnantes à faire dans sa vie. Qu’est-ce qui fait que tu es toi,et pas quelqu’un d’autre ? On peut tous jouer à ce jeu-là. Moi je le fais en tant qu’artiste en essayant de l’exhiber le plus fortement possible.
« J’avais l’impression que le monde dormait et que j’avais enfin la possibilité de vraiment m’écouter. »
Le travail visuel, c’est quelque chose qui te passionne ? Ou tu restes concentré sur la musique ?
Honnêtement, si je disais que je m’en fichais je mentirais (rires). Je pense que je fais partie des instrumentistes les plus à fond là-dedans, ça fait vraiment partie de mon art. Je le vois comme une extension de ma musique. La musique que je compose, c’est aussi une invitation dans un univers, chaque album est une nouvelle aventure où j'entraîne le public. J’ai envie que ça soit très sensoriel, comme une véritable expérience pour les gens qui m’écoutent.

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On parlait du travail visuel. J’ai l’impression que tu montres un nouveau visage de la musique classique et du piano, notamment à travers ton image. Est-ce que c’est quelque chose que tu revendiques ?
Je suis content que ça soit le cas, mais ce n’est pas ma mission. Je ne suis pas là pour bousculer les codes du classique, mais c’est une énorme conséquence de ce que j’essaye de faire. Je ne me suis jamais dit “Allez, il faut faire bouger les codes de cette musique”. Mon but, c’est d’être moi-même, d’essayer de me chercher et de m’exprimer le plus librement possible. Ce qui me touche vraiment par contre c’est quand quelqu’un me dit : “Ce que tu as fait là, ça m’a donné l’idée de faire ce que j’aime, à ma manière”. Ça me fait vraiment plaisir et ça me tient encore plus à cœur que de casser les codes du classique.
Tu collabores depuis des années avec des gens très différents, que ce soit dans le rap, l'électro, la chanson française… Comment est-ce que tu expliques cette forme d’ouverture d’esprit ?
Je pense que ça vient du fait que j’ai grandi depuis petit dans des milieux qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Le conservatoire représente une certaine manière d’aborder la vie, un certain groupe de personnes, alors que le rap représente une autre manière d’être, une autre culture. Et je navigue depuis toujours entre ces deux cultures-là. Mais pour moi ça a toujours été normal. J’ai toujours vu que ces deux mondes n’avaient rien à voir, qu’ils avaient tendance à ne pas du tout se mélanger, mais c’était mes deux mondes et ils me définissaient. Parallèlement, j’ai grandi à la maison avec une double culture française et marocaine. Tout ça fait que j’ai vite assimilé que les gens n’étaient pas si différents entre eux, ils ont juste des manières différentes de s’exprimer. Ca m’a rendu très ouvert là-dessus, que ce soit au niveau des origines, des générations, de la manière d’écouter de la musique et je pense que c’est pour ça que j’ai développé ça depuis tout petit.
C’est aussi pour ça que tu aimes autant les voyages ?
Oui totalement. Quand j’étais petit, mes parents aidaient des étrangers en leur apprenant le français. Avant d’avoir les moyens de voyager, j’avais l’impression de le faire grâce à ça. Parce que je découvrais des cultures en discutant avec eux. Et quand j’ai commencé à voyager, c’est quelque chose qui s’est encore plus accentué. Ce que je te dis là me fait penser au manga One Piece, qui est hyper important pour moi : au fur et à mesure de leurs aventures, les personnages vont d’îles en îles, et ils découvrent à chaque fois un univers totalement nouveau. Et ils sont émerveillés à chaque découverte. J’ai toujours rêvé d’avoir ce même émerveillement en découvrant le monde, vivre la même chose dans la vraie vie. Et quand j’ai pu commencer à voyager, je l’ai fait pour de vrai.
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