Crédits
Interview Maxime Delcourt
Photography Marcin Kempski — Maanifest Agency
Styling Simon Pylyser
Hair stylist Tomoko Ohama — Wise & Talented
Make-up Dariia Day
Creative & casting director Nataniel N.M.Robert
Set designer Michał Zomer — Daughter of Lama
Postproduction Paweł Milewski — I Like Photo
Co-production I Like Photo
1st photographer’s assistant Théophile Parat
2nd photographer’s assistant Léna Mezlef
Studio Le Petit Oiseau Va Sortir
Alors qu’il s’apprête à sortir son troisième EP , Lukas Ionesco donne le sentiment d’avoir en quelques années changé de vie et franchi un cap. A 27 ans, l’ange androgyne des nuits parisiennes s’est assagi. Heureux en amour et apaisé dans son rapport au travail, il se consacre aujourd’hui à la musique. Les cinq titres de son album oscillent entre tradition folk lo-fi et ballade pop saupoudrée de beats électro. Après une mauvaise expérience sur The Smell of us de Larry Clark, il a aussi repris goût aux plateaux de cinéma dans le film de sa mère, Une Jeunesse dorée , et aussi dans Jessica Forever, le premier film du duo de jeunes cinéastes Caroline Poggi et Jonathan Vinel.
Entretien paru dans Boycott Magazine n°11 (2022).
Tu fais quoi en ce moment ?
Là je tourne une série pour France 2, inspirée d’ Agatha Christie mais en mode seventies. Je joue une sorte de hippie, c’est pour ça que je porte la barbe. Je suis très content de tourner à nouveau parce que la dernière fois c’était il y a très longtemps, avec Gaspard Ulliel dans le série d’ Arte, Il était une seconde fois, qu’on avait faite avant le covid. Ça m’a beaucoup manqué. Après j’ai la chance d’aussi faire de ma musique. Je peux pratiquer tous les jours. Et là je vais sortir un nouvel EP à la rentrée. Je fais aussi encore quelques DJ set avec une amie, même si le monde de la nuit m’attire beaucoup moins qu’avant. J’ai 27 ans et je récupère plus de la même façon si je passe une nuit de fête, avec tout ce qu’on y associe. Aujourd’hui c’est différent, je prends soin de mon corps, je fais au minimum 20 minutes de corde à sauter chaque jour, je ne me couche jamais après 2h du matin.
Et la mode, ça te plait toujours autant ?
Oui, complètement. Je suis toujours très fidèle à Dior, c’est la famille, je connais Kim Jones depuis presque dix ans, alors qu’il était encore chez Vuitton. Et je suis aussi resté très proche de Saint Laurent. On m’a déjà proposé de défiler mais c’est rare parce que je n’ai pas un physique de mannequin.
Quel rapport as-tu à ton corps justement ?
Depuis que je suis enfant, on me prend pour une fille. Tous les jours depuis ma naissance, et encore parfois aujourd’hui, on me dit “bonjour madame” ou “bonjour mademoiselle”. Ça a pu me déranger quand j’étais petit, quand j’avais dix ans et que je faisais du skate, je me souviens que ma grand-mère me rassurait en me disant que c’était parce que je ressemblais à un ange et que j’avais de beaux traits fins. Aujourd’hui, je m’en fiche, ça m’amuse et je suis même assez fier de cette dimension androgyne. Je peux même forcer le train en mettant des leggings et des boots montantes. Mais même quand je vais courir en jogging avec une barbe de trois jours, on me dit “madame”. Je pense que je dois dégager quelque chose de très féminin. J’en suis fier. J’ai toujours eu envie de bousculer les stéréotypes du masculin/féminin, depuis que je suis ado.
Tu continues de t’intéresser au cinéma ?
Oui, au moins une fois par semaine avec ma copine. J’ai adoré The Souvenir I & II de Joanna Hogg et Babysitter de Monia Chokri. J’aimerais beaucoup jouer dans ce type de film, même dans des films fantastiques tiens, ou un film de SF.
« Là j’aimerais aussi faire un featuring avec un rappeur, Ichon par exemple. »
Tu n’as jamais recroisé Larry Clark après la polémique autour des conditions de tournage de The Smell of us ?
Non, jamais. Il n’a jamais cherché à s’excuser mais je crois qu’il sait qu’il est allé trop loin. Je pense que son film ne serait pas sorti aujourd’hui avec la façon dont les abus de pouvoir et les abus sexuels sont de plus en plus dénoncés. Le tournage ne serait même peut-être pas allé au bout.
Ton dernier film au cinéma, Une jeunesse dorée, tu l’as tourné avec ta mère, Eva. C’est comment de travailler en famille ?
J’avais très peur. J’ai même refusé le rôle dans un premier temps. Et en fait ça c’est très bien passé. J’aimerais qu’on retourne ensemble. J’ai découvert une facette d’elle que je ne connaissais pas.
Le fait que dans ses livres ou dans ses films, elle utilise comme matière sa propre vie, ça te touche ?
J’avoue que j’ai pu me dire à un moment qu’il faudrait qu’elle passe à autre chose. Son prochain film va à nouveau parler d’une histoire qu’elle a vécue, mais de façon très romancée. J’ai le sentiment qu’elle se détache un peu de la mythologie du Palaceet de son enfance, je suis content pour elle, parce que ce doit être parfois lourd d’autant revisiter le passé. Mais ça lui permet aussi de garder une forme de jeunesse d’esprit assez impressionnante et trop mignonne. J’ai le sentiment d’être très différent d’elle sur ce point. Je change tous les cinq ans et j’oublie des pans de ma vie.
A ce propos, tu dirais que ta musique a évolué de quelle façon ?
Sur mon premier EP , que j’avais enregistré à New-York, je me dis rétrospectivement que je ne savais vraiment pas chanter et que je n’avais pas passé assez de temps à produire les morceaux. J’étais trop impatient. Le deuxième était entièrement auto-produit à la campagne et donc avec un rendu pas très pro. Pour le troisième que je sors bientôt, j’ai fait confiance à la personne qui m’a appris la musique, Marcello Giuliani. Il est très folk, donc l’enjeu a été de ramener un peu d’électro. Ce sont toujours mes compositions mais avec ses arrangements. Il y a cinq titres, dont un en français. J’ai très envie d’aller vers un son à la Connan Mockasin. Je l’adore, c’est à la fois folk, psyché et électro. Sinon j’aime beaucoup The Brian Jonestown Massacre et Elliott Smith. En truc plus rock, j’ai adoré le dernier album de Fontaines DC. Là j’aimerais aussi faire un featuring avec un rappeur, Ichon par exemple.
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