Crédits
Interview Brice Bossavie
Photography Fifou
Styling Benoît Paquet
Hair stylist Hyacintha Faustino
Make-up Angélik Iffennecker
Set designer Enzo Selvatici
Stylist’s assistant Alexia Giteau
Light assistant Thomas Pigeon
Set designer’s assistant Hugo Cudot
Assistant Théo Rasiamarivelo
Assistant Oscar Duval
Studio Le Petit Oiseau Va Sortir
Il a la pudeur de ceux qui sont au service des autres. Lors de notre rencontre, Sampha montre l’étendue de sa discrétion, comme s’il n’était pas tout à fait à sa place. À entendre son dernier album Lahai, spirituel et fragile, ou ses collaborations ces dernières années sur les morceaux des plus grands mastodontes de la musique mondiale (Beyoncé, Drake, Kendrick Lamar, Travis Scott) il y a de quoi lui donner tort. Véritable artiste phare et voix incontournable de la musique mondiale de ces dernières années, le chanteur anglais cultive une forme de simplicité au quotidien qu’il compense par une voix captivante dans sa musique. De quoi discuter avec un grand sensible, prêt à encore frapper un grand coup avec son nouvel album.
Six années sont passées entre ton premier et ton deuxième album. C’était un choix de ta part, tu avais envie de prendre ton temps ?
Je crois que quand je travaille sur ma musique en solo, notamment en ce qui concerne l’écriture de mes paroles, j’ai besoin d’un certain temps : ce n’est pas forcément la chose la plus naturelle pour moi d’écrire des choses très frontale et d’être honnête sur ce que je ressens. Mais je ne voulais pas non plus qu’il y ait autant de temps entre mes deux albums. J’ai passé un an et demi en tournée et j’ai commencé à vraiment travailler sur ce nouvel album en 2019. J’ai ensuite eu un enfant, puis le Covid a encore ralenti le processus. Donc ça a été tout un voyage. Un peu en montagnes russes, mais intéressant à vivre.
Avec du recul, tu penses que c’était une bonne chose de te laisser autant de temps pour composer ? C’est quelque chose de plus en plus rare dans l’industrie musicale actuelle.
Oui, je pense que prendre son temps est toujours bénéfique. Surtout pour pour faire l’album que j’avais envie de faire. Pour qu’il sonne comme il sonne, j’avais besoin de me laisser un peu de liberté pour aller vraiment au bout de mes idées, prendre du recul pour analyser ce que je faisais, et comprendre comment je pourrais les réaliser.



Il y a quelque chose que j’ai trouvé qui revenait souvent dans les paroles, c’est l’idée de la mémoire, du passé, une sorte de vibration nostalgique sur l’album. C’est quelque chose que tu voulais mettre en avant ?
Je crois que j’essaie de plus en plus d’apprécier le passé. Et surtout, j’avais envie d’explorer la notion de nostalgie et de futurisme dans ma musique. C’est en lien avec ma vie personnelle : je suis devenu père et j’ai perdu mes parents ces dernières années. Et quand je regardais mon enfant, je pouvais presque sentir la présence de ma mère, c’était une sensation de nostalgie étrange. J’ai un peu essayé de transmettre ce mélange entre passé et futur dans l’album en utilisant des sonorités électro-acoustiques, de la polyrythmie, ou en m’inspirant aussi de l’afro-futurisme.
Ta musique est toujours très personnelle mais reste pudique, tu ne dévoiles pas tout de toi. Quel est ton processus d’écriture ?
Quand je commence à écrire une chanson je ne sais pas de quoi je vais parler, ce sont juste des choses qui sortent naturellement, j’écris de manière très intuitive, presque en freestyle. Je fais de la musique et il y a des émotions qui font ressortir des sujets particuliers en moi. Mais j’aimerais pouvoir m’exprimer de manière plus frontale dans mes paroles. C’est quelque chose que je retrouve beaucoup chez les rappeurs que j’ai côtoyés, le fait de détailler une relation de façon très nuancée, fine, réelle, et que j’ai du mal à faire. Mais j’ai peut être une vision plus poétique et impressionniste des choses.
« J’avais envie d’explorer la notion de temps. »



Tu arrives pourtant à créer un vrai sentiment d’intimité dans ta musique. En seulement trois ou quatre minutes, on a l’impression d’aller au plus profond de tes émotions, de ce que tu ressens, dans tes morceaux.
Même si je ne parle jamais exactement de ce qu’il se passe en moi dans mes textes, je crois que j’arrive à l’exprimer indirectement à travers le son, notamment via ma voix et la façon dont je chante. Et ça résonne auprès des gens. Mais il m’a fallu du temps pour comprendre ça. C’est difficile pour moi de comprendre comment les gens se connectent à ce que je raconte. Mais ça me rassure de voir que c’est quelque chose qu’ils arrivent facilement à faire.
Tu as collaboré avec énormément d’artistes, les plus importants de la musique actuelle même. Est-ce que ces expériences t'apportent des choses dans ta musique à toi ?
Oui c’est sûr. Je pense notamment à SBTRKT, Solange, ou FKA Twigs, des gens qui ont une vision forte, sans compromis sur ce qu’ils veulent faire. Et ils sont assez confiants pour avoir énormément de gens autour d’eux qui travaillent à contribuer à leur vision. Prendre des risques et être soi-même, c’est quelque chose que je respecte vraiment. Parce qu'avoir assez confiance en soi pour se laisser porter par ses sentiments et être honnête dans ce qu’on fait, c’est vraiment la chose la plus difficile à faire.





Il y a quelque chose qui revient trois ou quatre fois dans ce nouvel album, c’est la danse. Tu parles du fait de danser comme quelque chose de presque guérissant. C’est important pour toi ?
La danse a été mon premier amour musical, c’est très lié à l’idée de lâcher prise, avec un côté libérateur. Dans une soirée, il y a toujours une personne qui commence à danser sans se soucier des autres – je ne suis jamais cette personne (rires) – mais elle emporte les autres et tout le monde se sent libre et se laisse aller, en se mettant à tester son corps. C’est très pur et malheureusement plus on vieillit, moins on le fait. C’est ce qui est en train de m’arriver en tout cas.
Tu aimerais danser un peu plus ?
Totalement, à 100%. Même sur scène en concert. J’ai envie de me sentir plus à l’aise avec mon corps. Ce n’est pas comme si j’étais le meilleur danseur du monde, mais je vais essayer de faire un peu plus de mouvements, être plus expressif avec mon corps. Quand tu vois quelqu’un danser ça te fait te sentir libre. C’est quelque chose que je trouve vraiment beau et que j’ai envie de partager.
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