Crédits
Interview Bruno Deruisseau
Photography Marcin Kempski — Maanifest Agency
Styling Simon Pylyser
Hair stylist Tomoko Ohama — Wise & Talented
Make-up Dariia Day
Creative & casting director Nataniel N.M.Robert
Set designer Michał Zomer — Daughter of Lama
Postproduction Paweł Milewski — I Like Photo
Co-production I Like Photo
1st photographer’s assistant Théophile Parat
2nd photographer’s assistant Léna Mezlef
Studio Le Petit Oiseau Va Sortir
Après être passés par le mannequinat et le sport à très haut niveau (le wushu, arts martiaux chinois traditionnels), Simon et Raymond Baur se sont un peu par hasard retrouvés à jouer dans l’un des premiers films français les plus excitants et réussis du dernier Festival de Cannes. Dans Nos Cérémonies de Simon Rieth, ces deux novices de 20 et 22 ans incarnent deux frères poursuivis par une terrible malédiction : pour maintenir son frère aîné en vie, le cadet doit rituellement lui donner une mort suivie d’une renaissance de phénix. Un récit qui fait de manière troublante écho à leur propre vie.
Entretien paru dans Boycott Magazine n°11 (2022).

Tank top by Calvin Klein
Jeans by Maison Margiela
Sneakers by Saint Laurent by Anthony Vaccarello
Raymond wears
Jacket by Gucci
Tank top by Calvin Klein
Trousers by Hermès
Flip-flops by Lacoste
Vous ne vous destiniez pas à faire du cinéma. Comment vous êtes vous retrouvés sur Nos cérémonies ?
Simon : On s’est fait repérer sur les réseaux. C’est Alicia, la directrice de casting, qui nous a contactés via Instagram. Elle m’a envoyé un message et a ensuite montré nos profils au réalisateur Simon Rieth. On savait que c’était pour jouer les rôles de deux frères. Mais les mecs avec qui nous étions en concurrence pour le rôle n’étaient pas tous de vrais frères. On nous a d’abord demandé si nous étions à l’aise avec des scènes de nudité. On a dit qu’il n’y avait pas de souci. Puis elle m’a ensuite dit qu’il s’agissait d’un long-métrage financé par Canal+. J’avais du mal à y croire. Raymond : Quand Simon m’a dit qu’on devait aller passer un casting pour un film Canal+, j’ai même cru que c’était une arnaque et je lui ai dit direct qu’on ne devrait pas y aller.
L’idée de faire du cinéma vous plaisait ?
Raymond : Comme on avait mis un terme à notre carrière dans les arts martiaux qu’on pratiquait depuis tout petit et qu’on était dans le mannequinat, tout le monde nous disait qu’il faudrait qu’on se lance dans le cinéma. On n’a jamais gagné notre vie grâce aux arts martiaux, même si on pratiquait à très haut niveau. Et on se disait qu’on avait un peu sué pour rien de ce point de vue là. On s’était dit qu’il faudrait peut-être qu’on fasse un casting ou deux mais on ne s’était jamais lancé et la proposition de Nos cérémonies est tombée pile à ce moment-là.
Pourquoi avez-vous mis un terme à votre carrière dans les arts martiaux?
Raymond : On a arrêté parce qu’on s’entendait plus avec les entraîneurs de l’équipe de France. Et puis, on avait commencé hyper jeunes. Ça représentait toute notre vie. On avait aussi besoin de passer à autre chose. C’était notre mère et nos oncles qui nous avaient inscrits au kung-fu. C’est un sport qui n’est même pas reconnu au niveau olympique. Alors quand tu t’entraines deux fois par jour, tous les jours sauf le dimanche et que tu ne gagnes aucun argent, ça devient compliqué une fois adulte.
Le mannequinat, c’est arrivé comment ?
Simon : Raymond s’est fait repérer dans la rue à Paris à dix-sept ans. Et moi un peu plus tôt. Mais même si on voit sur nos profils Instagram qu’on fait des photos et tout, la réalité c’est que c’est très dur d’en vivre. Les gros contrats, on a commencé à les avoir que très récemment. Pendant plusieurs années, on faisait des jobs même pas payés. Et c’est un milieu assez dur quand t’es pas une star dans le milieu : les casting sont sans pitié, t’es parfois traité comme un porte-manteau.
Et les études ça se passait comment?
Raymond : Très mal. J’ai raté mon bac et Simon l’a eu au rattrapage. J’étais trop turbulents. J’avais des problèmes avec les profs. C’est aussi lié au sport. On s’entraînait le matin tandis que le soir, dès 16-17 ans, on donnait des cours. Il n’y avait pas de place pour l’école dans nos emplois du temps. J’ai pas eu le bac et après le lycée, je me suis mis à faire des boulots alimentaires : serveur, barman… Je travaille encore aujourd’hui. Simon : Moi j’ai un peu glandé après le lycée. Je donnais des cours à temps partiel à la salle d’arts martiaux que mes parents ont ouverte quand on a accédé au haut niveau. Notre mère est trésorière de la salle et mon père en est son président, et à côté il est ébéniste. Sinon j’ai fait un peu d’intérim et un peu de mannequinat.
« Simon : On s’est fait repérer sur les réseaux. »
Dans une vidéo que vous avez posté sur vos réseaux, on vous voit pratiquer le Wushu en duo. C’est amusant parce que, comme dans le film, c’est toi Raymond qui menace de tuer Simon.
Raymond : Oui c’est fou à quel point l’histoire de Nos Cérémonies rejoint notre vie. Dans notre duo de sport, ça fait des années que je tue Simon. Quand on a dit ça à Simon Rieth pendant le casting, on a vu qu’il avait eu un déclic. On nous avait demandé de jouer quelques scènes du film et de faire une impro de disputes entre frères. Mais le casting a été hyper long. On a eu au moins dix call-back. Comme on vit encore chez nos parents en banlieue, dans le 77, c’était à chaque fois deux heures pour l’aller-retour avec la possibilité que ce soit fini à chaque fois.
À quel moment vous vous êtes dit que vous aviez vraiment très envie d’être choisi ?
Simon : On a mis du temps à réaliser qu’il s’agissait d’un truc sérieux, qu’on allait peut-être vraiment passer dans un film qui passera au cinéma. Mais avec le mannequinat, on avait l’habitude d’être déçu. On avait rien à perdre au final. Ca représentait par contre une nouvelle expérience qui nous séduisait, parce qu’on connaissait rien au cinéma et encore moins au cinéma d’auteur, avec une esthétique aussi particulière.
De quelle façon votre relation de frère a-t-elle influencé vos personnages ?
Raymond : Déjà c’est drôle parce que dans le film c’est moi qui joue le petit frère alors que c’est le contraire dans la vie. On a une complicité qui se verra sûrement à l’écran. Mais sinon on n’a pas vraiment changé les dialogues tels qu’ils étaient écrits dans le scénario. Même si Simon a adapté le texte à nos mots et nous a laissé improvisé parfois. Là où on a pu avoir une influence, c’est sur les costumes, puisque la moitié des vêtements sont nos vrais sapes. Grâce à notre goût pour la mode, on a pu apporter ça au film.
Et concernant le jeu, avez-vous dû prendre des cours ?
Simon : Quand on était petit, notre coach nous avait castés pour un petit court-métrage amateur. Aujourd’hui, il est devenu réalisateur et il bosse sur la série The Witcher. Mais à part cette mini expérience, on n’avait rien fait. On n’est pas du tout acteur. Au début du tournage, Simon nous a fait bosser six mois pour nous former. Raymond : Je crois que le tournage a été la meilleure expérience de notre vie. On a vraiment fini par prendre plaisir à jouer. Même si le mannequinat nous a aidé pour certaines choses, il a fallu par exemple apprendre à oublier la caméra, alors qu’il faut au contraire tout le temps regarder l’objectif lors des shooting mode.
Vous voulez continuer à faire des films?
Simon : Oui, c’est sûr, après ça ne dépend pas de nous. On a aussi commencé à regarder des films avec un œil différent. Mais grave, j’espère qu’on va refaire des films !
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