Crédits
Interview Maxime Delcourt
Photography Marcin Kempski — Maanifest Agency
Styling Simon Pylyser
Hair stylist Tomoko Ohama — Wise & Talented
Make-up Dariia Day
Creative & casting director Nataniel N.M.Robert
Set designer Michał Zomer — Daughter of Lama
Postproduction Paweł Milewski — I Like Photo
Co-production I Like Photo
1st photographer’s assistant Théophile Parat
2nd photographer’s assistant Léna Mezlef
Studio Le Petit Oiseau Va Sortir
En retrait, peu loquace et pas du genre à élever la voix, Gabriel Pitta pourrait facilement être vu comme un jeune homme timide. À discuter avec lui, on comprend toutefois que le Brésilien est pleinement épanoui. Parce qu’il se sait guidé par Dieu. Parce qu’il semble avoir développé une profonde connexion avec le monde de la mode. Et parce qu’il suffit de jeter un œil à son Instagram, suivi par près de 57 000 abonnés, pour saisir ce qu’est devenue la vie de Gabriel Pitta ces dernières années : une vie faite de podiums, de moments en famille et de chansons. Son autre passion.
Entretien paru dans Boycott Magazine n°11 (2022).
Peu d’informations circulent à ton sujet. Peux-tu revenir sur ton enfance au Brésil ?
Je dirais que j’ai eu la chance d’avoir une enfance heureuse. Il n’y avait rien d’extraordinaire, tout était très simple finalement, mais cette période de ma vie était parfaite. J’allais à l’école, je jouais au foot dès que je le pouvais et je faisais régulièrement du cerf-volant à la plage. Ça, c’était mon plus grand kiff.
Qu’en est-il du mannequinat ? Tu as toujours rêvé d’investir ce milieu ou ce sont avant tout des opportunités qui se sont présentées à toi ?
Pour tout dire, ça m’est tombé dessus un peu par hasard. À cause de l’école, et notamment des autres élèves, je n’avais aucune chance de me croire beau. Étant noir, je subissais le harcèlement et le racisme. Je me sentais moche et, fatalement, le fait de pouvoir devenir mannequin ne m’avait jamais traversé l’esprit. Jusqu’au jour où ma cousine m’a demandé de la suivre : elle m’a emmené à un concours de beauté noire, le plus grand du Nord-Ouest du Brésil, et ça a tout changé. Je suis tombé amoureux de la mode, j’ai pris confiance en moi et j’ai été repéré.
À t’entendre, tu ne sembles pas avoir grandi dans une famille très connectée au monde de la mode. Je me trompe ?
Non, en effet, j’ai grandi au sein d’une famille très humble, et surtout très éloignée de cet univers-là. Au départ, mes parents étaient même un peu inquiets que j’aille vers ce milieu. Mais aujourd’hui, ils sont plus détendus : je pense qu’ils sont heureux de toutes les anecdotes que je leur raconte quand je rentre à la maison.
Comme beaucoup de Brésiliens, tu es aussi croyant. Quel est ton rapport à la religion ?
Je suis catholique, je crois en Dieu et aux Orixás qui me protègent et m’ouvrent les chemins. Sans leur présence, je suis même convaincu que tout ce qui m’arrive ces dernières années n’aurait pas été possible. C’est pour ça que je suis très reconnaissant pour ce qui se passe dans ma vie.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui te plaît le plus dans le fait d’être mannequin ? Jouer un rôle ? Mettre ton corps en avant ?
Le plus excitant dans ce métier, c’est incontestablement l’énergie des shows, la tension qui monte avant de monter sur le podium, puis toutes ces lumières qui tombent sur nous. Il y a aussi les musiques, toujours très fortes, et le regard captivé des spectateurs, surtout quand ils sont contents du résultat (rires). Personnellement, je considère vraiment chaque défilé comme un moment unique. Lorsque c’est mon tour de monter sur scène, j’ai cette impression étrange d’à la fois me connecter avec moimême et de devenir quelqu’un d’autre.
« Je dirais que j’ai eu la chance d’avoir une enfance heureuse. »
Tu es d’une génération où les réseaux sociaux font clairement partie de ton quotidien. Parfois, ce n’est pas fatiguant de devoir te mettre en scène pour une story ou un post ?
Très honnêtement, oui, c’est parfois épuisant ! Malgré tout, je pense qu’il faut accepter son époque. Aujourd’hui, c’est clair que si tu désires quelque chose et que tu veux que tes rêves se réalisent, il vaut mieux jouer ce jeu et être conscient qu’Internet peut ouvrir un certain nombre de portes. C’est là tout l’enjeu pour nous, les modèles, que de toujours trouver des moyens d’être un peu plus visibles.
Je crois savoir que c’est la première fois que tu viens à Paris : que symbolise cette ville pour toi ?
J’adore Paris ! J’ai pu passer quelques jours ici, et cette ville ne m’a transmis que de bonnes énergies. Les gens sont sympas, il y a de beaux bâtiments, etc. Aussi, il faut le dire, même si c’est cliché, Paris, ça symbolise l’amour…
Sur Instagram, on te voit parfois chanter. La musique, c’est un milieu que tu aimerais investir ?
Oui, bien sûr ! D’autant que j’ai l’impression que ça a toujours fait partie de ma vie. Autour de moi, beaucoup de personnes sont passionnées par la musique. En moi, ça résonne également. D’ailleurs, avant chaque défilé, je chante systématiquement histoire de me mettre en condition. Ça me transporte.
Au point d’écrire parfois tes propres chansons ?
Oui, j’adore écrire, chanter et ressentir cette inspiration pour continuer à aller plus loin. Pour tout dire, la musique est un élément que j’aimerais intégrer dans ma vie. Il faut que je me lance.
À ce propos : étant encore très jeune, j’imagine qu’il y a plein de rêves que tu aimerais réaliser ?
Rien n’est défini, mais j’espère continuer à travailler comme je le fais. L’idée, c’est de grandir encore et encore, jusqu’à devenir une icône mondiale de la musique et de la mode (rires).
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